Rosas Danst Rosas

C’est avec plaisir que nous lançons la section Répertoire de ce blogue avec une de nos œuvres chouchou, une vidéo-danse d’avant-garde sans âge dont on ne se lasse jamais : Rosas Danst Rosas.

ROSA DANST ROSAS                                                                                                                                                                            Un film de Thierry de Mey, 1997                                                                                                                                        Chorégraphie par Anne Teresa De Keersmaeker, 1993

Œuvre phare de la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker, Rosa Danst Rosas fut créée pour la scène en 1983 et donna le coup d’envoi à sa compagnie, Rosas. Récipiendaire d’un Bessie Award, la pièce fut présentée de façon régulière de par le monde au cours des trente dernières années,  les générations successives d’interprètes de la compagnie se relayant pour porter cette pièce aux mouvements simples, basées sur les répétitions.

En 1997, Thierry De Mey, qui avait signé la musique de Rosas Danst Rosas lors de la création de la pièce, entreprit l’adaptation cinématographique de l’œuvre et en fit un film de danse magnifique, tout aussi emblématique que la pièce d’origine.

Un élément important dans la transition d’un média à l’autre ici est l’importance du décor, de la direction artistique, du lieux où est mis-en-scène le film. Un énorme bâtiment, comme un ancien atelier déserté, avec d’immenses fenêtres sur lesquelles s’écrasent des gouttes, qui laissent passer le soleil. Jouant avec son plateau, De Mey utilise le dédale des lieux ainsi que la transparence des partitions de verres pour cadrer ses interprètes dans les embrasures des portes, pour les filmer aux travers des fenêtres, un peu en voyeur.

Bref, De Mey et les interprètes investissent et habitent l’espace, laissant la chorégraphie s’épanouir bien au delà de ce qui était balisé sur scène.

Si la réalisation demeure sobre, le montage crée du mouvement, du rythme. Au fil des répétitions, le spectateur commence à connaître la gestuelle et c’est là que la caméra la réinvente, l’isole, la martèle, en souligne la finesse, l’intensité. La caméra est partout, suivant pas à pas les interprètes à coups de contre-champ et de plans rapprochés. Elle s’intéresse aux regards qu’elles échangent entre elles, à leur soudaines volte faces, à leurs hésitations alors qu’elles dénudent rapidement leurs épaules.

Rythmiquement, la transition cinématographique influence la pièce avec son découpage rapide, avec ses déplacements, ses jump cuts dans l’espace. De Mey crée ainsi de nouvelles séquences chorégraphiques avec son montage. En enfilant les gros plans, en faisant des choix dans les mouvements qu’il désire prioriser et dans quel ordre, il offre au spectateur une expérience kinesthésique complètement différente que celle offerte par une performance scénique

À l’aide de longs travellings sur rail, De Mey suit parfois ses interprètes d’une pièce à l’autre. Puis, il s’approche d’elles, les laissant jouer avec les limites du cadres ou isolant un détail, un geste.

Travaillant avec la profondeur de champ, il compose aussi certaines images en plan-séquences fixes, avec une interprète principale en premier plan et un chœur se déplaçant en arrière plan, nous offrant à la fois le personnel et le général.

Si toutes les danseuses sont vêtues identiquement et partagent une même gestuelle, elles développent tout de même, au fil de la pièce, des identités distinctes. Entre femmes, elles partagent toutes les mêmes doutes, les mêmes peurs. Elles se comprennent, elles sont complices, elles poursuivent une quête semblable. Et pourtant, elles ont toutes leur individualité, une personnalité qui leur est propre et qu’elles savent transmettre subtilement au travers de leur interprétation.

Pour voir l’œuvre dans toute son intégralité et sur grand écran, la cinémathèque québécoise à programmé le film de De Mey à trois reprises ce mois-ci.

Aussi, occasion rare, De Keersmaeker sera à Montréal pour le FTA et y présentera sa pièce Cesena ainsi que En attendant.

Rosas Danst Rosas

Thierry de Mey, Belgique, 1997

Cinémathèque Québécoise

Mercredi 2 mai 2012 – 18 h 00
Vendredi 25 mai 2012 – 16 h 00
Vendredi 1 juin 2012 – 16 h 00

Cesena

Anne Teresa De Keersmaeker, Björn Schmelzer

Théâtre Maisonneuve

1 juin – 20 h 00
2 juin – 20 h 00

http://www.fta.qc.ca/fr/spectacles/2012/cesena

En terminant, un petit mot sur un scandale qui a fait réagir le monde de la danse contemporaine cet automne. Lors de la sortie du vidéo-clip Countdown de Beyonce, les fans de De Keersmaeker furent choqués de constater que la dernière minute du dit vidéo était calqué sur deux pièces de chorégraphe, soit Achterland et Rosas Danst Rosas.

La compagnie Rosas avait-elle été consultée? Non. Pas de redevances, pas de demande d’autorisation.

Beyonce et ses collaborateurs, loin de se défiler, déclarent avoir rendus un hommage sans détour à la chorégraphe, de la même façon que le début du vidéo fait des références directes entre autres à Audrey Hepburn et à Andy Warhol. Pour eux, il ne s’agit pas de plagiat, mais d’une référence culturelle affectueuse.

Mais la ligne n’est-elle pas mince ici entre hommage et vol? Surtout quand il s’agit du travail d’une femme qui œuvre toujours dans le milieu et dont le travail n’est pas connu d’un public ‘populaire’?

Pour des fins comparatives, voici Countdown.

À 2min32  et 3min18 :

Et un petit video comparatif, pas à pas, qui compare aussi avec la pièce Achterland de De Keermaeker :

Qu’en pensez-vous?

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3 réflexions sur “Rosas Danst Rosas

  1. Nayla says:

    Bonjour! J’aime beaucoup votre blog! J’aimerais le mettre en lien sur le mien (blog sur la danse, le mouvement et le yoga à Montréal) et mettre notamment ce post dans un texte sur rosas danse rosas, puisque vs apportez un éclairage complémentaire. Pour ce qui est de Beyoncé, à mon avis sa chorégraphe scénographe avait fait cette proposition et elle ne savait même pas qui est anne teresa de keersmaeker. elle aurait du au moins rectifier, mettre un crédit dans la vidéo. mais en fait ce qui m’a énervée le plus, c’est qu’elle transforme tte la vision de Rosas Danst Rosas en chorégraphie lascive et sexy. complètement dénaturée. petite anecdote : après avoir vu Cesena, samedi soir, je parlais à un ami de l’affaire rosas-beyoncé et il me dit (comme bcp de gens) : « au moins, elle a fait connaître la chorégraphe à un plus large public, celle-ci devrait être reconnaissante ». Je me suis empressée de lui expliquer pourquoi cet argument ne tenait pas puis j’ai réalisé que, moi, cette affaire m’a poussée à voir le clip de beyoncé, ce que je n’aurais jamais fait en temps normal! donc Anne Teresa a fait connaître Beyoncé 🙂
    Sur ce, bon lundi!
    Nayla, Dance from the mat

  2. Regards Hybrides says:

    Bonjour Nayla!
    Mais bien sure, tu peux mettre un lien vers notre blogue et vers l’article! C’est un plaisir que de pouvoir faire partie d’un échange plus large!
    Je suis assez d’accord avec toi sur le scandale Beyoncé…
    Merci de nous lire!

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