Entrevue avec Sylvain Bleau: au coeur de Cinédanse

Assise au Barbare de la rue St-Denis, j’ai devant moi un Sylvain Bleau totalement survolté. Vous me direz que c’est déjà un peu dans sa nature d’être ainsi -du moins ceux qui l’ont connu plus de 6 minutes seront de cet avis!- mais il faut dire que le directeur du tout nouveau FESTIVAL CINÉDANSE MONTRÉAL est particulièrement fébrile en ce vendredi 14 septembre, alors que nous avons réussi à « squeezer » notre entrevue entre mille et une choses à accomplir à moins d’une semaine du lancement de l’événement. Son discours rapide déboule à toute allure, ponctué d’anecdotes et de parenthèses plus surprenantes les unes que les autres. Bienvenue au coeur de CINÉDANSE, cet objet artistique aux ramifications nombreuses!

« Un après-midi en secondaire 1, la plus belle fille de la classe m’a demandé si je voulais suivre des cours de danse… de danse sociale. Je n’étais pas un joueur de hockey, mais elle était belle. Je lui ai demandé si je pouvais lui donner ma réponse le lendemain matin… 10 ans de danse sociale. Avec Aldor et Andrée Grenier : les meilleurs. Mon dieu, qu’on a eu du fun. Je rentrais à 5 h du matin, après avoir dansé toute la nuit, du cha-cha, du triple swing, de la samba, et de la valse… et de la rumba. Non, nos photos ne sont pas sur Facebook.

Dans notre monde bien pensant, aux opinions de tout bord tout côté, nous avons besoin de danser. Pour retrouver nos sens… Pour mieux nous sentir, pour pleurer, rire et muer. »

-Éditorial CINÉDANSE, par Sylvain Bleau

Sylvain Bleau a la danse dans le sang, et ce depuis fort longtemps. Adepte des danses sociales dès son tout jeune âge, il se plonge ensuite dans les univers de compagnies internationales dont Lalala Human Steps et Les Grands Ballets Canadiens. Avec eux, il agit à plusieurs titres dans l’équipage administratif, mais il a aussi l’occasion d’entrer en contact avec la danse à l’écran, via entre autres des documents d’archives et bien sûr le film Amélia de Edouard Lock. Si on lui demande pourquoi la danse à l’écran, il nous répond: « La danse, point. À l’écran ou sur scène, c’est la même chose. Deux outils différents, mais l’important c’est que ça nous touche, que ça éveille et émoustille nos sens. La danse part d’un sentiment de nécessité, c’est universel et il n’y a pas de ‘chapelle’. Je ne suis pas un gars de ‘chapelle’ ou de gang. La danse c’est pour tout le monde, c’est une façon d’exprimer sa vision de la vie, et ça, ça se doit d’être sensible, senti. Aux danseurs je leur dis: ne vous limitez pas à la scène, il y a l’écran aussi pour exprimer vos corps en mouvement! »

Le fondateur de CINÉDANSE imagine son festival comme une courroie de transmission afin que le public entre davantage en contact avec la danse  l’écran. Programmer un festival comme CINÉDANSE c’est, selon Sylvain Bleau, tenter de « trouver une résonance » entre diverses approches, divers artistes, et une discipline qui se métamorphose pour la caméra. Résolument avide de documentaires phares, Bleau nous propose une programmation pour retrouver nos racines, comprendre d’où vient la danse, comment elle s’est formée ici et là, qui sont ces artistes de l’art éphémère et comment sont-ils devenus ce qu’ils sont devenus. On y redécouvre notamment Balanchine, Pina et Diaghilev dans des histoires filmiques tissées de danse.

Le choix de créer un tel festival vient certes, pour Sylvain Bleau, d’un désir de partager sa passion de la danse dans une formule accessible à tous, mais avec cet événement vient aussi une prise de position politique, une affirmation et un défi lancé à la communauté. « Il faut s’organiser. Il faut mettre en lumière les artistes incontournables de notre discipline. Il faut défendre son monde (la danse), en être fier et dépoussiérer les monuments qui ont construit toute une génération de danseurs. Ce festival exprime une volonté de ne pas se laisser inonder par les blockbusters vides de sens et d’affirmer notre réelle identité à travers des œuvres significatives. » Voilà, en partie, le statement politique qui se trouve en filigrane de la programmation de Bleau.

Passionné à l’énergie déboussolante, celui qui a travaillé pour les autres dans de nombreux contextes artistiques a choisi de présenter sa propre vision artistique via CINÉDANSE. Sans appel de projets, c’est avec instinct, coups de coeur et rencontres fortuites qu’il a bâtit sa programmation pour cette première édition. D’ailleurs, il ne s’en cache pas. S’il a mis autant d’énergie dans ce projet, ce n’est pas pour proposer une survol objectif de ce qui se fait en danse à l’écran, mais bien pour partager ce que lui considère comme des oeuvres majeures. Les prochains jours nous diront si son flair aura assemblé une collection pertinente de films sur/pour/par la danse, mais à priori les noms qui défilent dans la brochure officielle du festival laissent espérer le meilleur.

Envisage-t-on déjà une deuxième édition?, lui ai-je demandé, alors que Montréal et le Québec en général semblent sous le joug d’une vague d’intérêt grandissant pour la vidéo-danse et les nouvelles approches  chorégraphiques technologiques: « Je ne sais pas. Il faut commencer par vivre celle-ci. Chose certaine, je ne m’intéresse pas à instaurer un festival à date fixe juste pour la forme. Il faut que ça se feel, il faut que ça arrive et que les bonnes œuvres soient au rendez-vous. Je ne veux pas faire un festival pour faire un festival, je veux que ça fasse écho à un enthousiasme réel. » Bleau me confie d’ailleurs qu’il ne serait jamais capable de diffuser un film qui ne le touche pas personnellement, même si ce film avait des qualités artistiques indéniables. « Si on veut défendre son monde en faisant un tel festival, il faut être à l’aise de représenter chaque film personnellement. »

Ainsi, Sylvain Bleau juxtapose les générations, les genres et les formats de danse à l’écran dans une grande brochette de films à son goût, qui a le mérite de piquer la curiosité dès le premier survol. « J’ai voulu mettre des court-métrages de création en première partie de grands documentaires et autres films incontournables afin de donner de la visibilité aux films de création et d’ouvrir les horizons de ceux qui ne seraient pas nécessairement allés à la rencontre de ces films moins connus. »

Avec une toute petite équipe qui travaille à mettre ensemble les morceaux du puzzle de ce tout premier festival de films sur la danse à Montréal, Sylvain Bleau espère maintenant que le public sera au rendez-vous. « Il faut en parler, il faut être audacieux et y aller, il faut se laisser charmer. C’est la danse, c’est nous, c’est le mouvement qui traverse les époques. Il faut être capable de vivre devant ces oeuvres et de se laisser bercer parfois par ses peurs, par des moments d’égarement qui nous surprennent, mais sans se laisser envahir complètement, juste se laisser toucher. C’est ça le cadeau de la danse. » Selon son directeur, ce festival est le porte-parole du foisonnement et de l’hybridité en arts, en danse. « C’est le reflet sensoriel de la société. »

À qui s’adresse CINÉDANSE? « À tout le monde. Aux patrons autoritaires coincés, aux voisines excentriques suaves, aux mères, aux enfants, aux danseurs, aux timides, aux collègues de classe curieux. À tout le monde. La dernière chose que je voudrais, ce serait de créer un événement hermétique. CINÉDANSE est une célébration des sens pour tous. »

Il ne nous reste qu’à espérer avec lui que le public, le milieu des arts et de la danse soient au rendez-vous pour ce rassemblement festif!

Ça commence dans 3 jours.

FESTIVAL CINÉDANSE MONTRÉAL

Du 20 au 23 septembre 2012

Cinéma Impérial, Montréal

http://www.cinedanse-mtl.com

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