Bilan Cinédanse 2012: bons coups et déceptions

S’achevait donc ce dimanche le marathon Cinédanse dans la métropole, au terme de nombreuses projections à l’Impérial, au Cinéma du Parc et à l’Excentris, du 20 au 23 septembre. Tant de choses à dire, alors qu’on a assisté à la première esquisse d’un événement que certains attendaient depuis si longtemps! REGARDS HYBRIDES vous propose de faire le point sur ce festival qui, on l’espère, continuera de se développer dans les années à venir.

Les bons coups…

Parmi les bons coup de Sylvain Bleau et son équipe, notons, comme nous l’avons déjà mentionné dans un précédent article, la variété du répertoire présenté, allant de documentaires sur des artistes de renom à la découverte de tous nouveaux créateurs québécois et internationaux. De plus, l’idée d’une conférence le samedi matin (malheureusement trop peu achalandée) donnée par la co-fondatrice du Dance Camera West de Los Angeles Kelly Hargrave, était excellente. Malgré la salle quasi-vide, ce moment fut rempli de discussions pertinentes sur la diffusion des créations en vidéo-danse et l’univers des distributeurs à l’international, sans compter quelques outils bien à propos pour les nouveaux venus dans cette discipline artistique.

En introduction de chaque projection, Bleau nous livrait quelques bribes de son feu sacré pour la danse à l’écran à travers opinions et anecdotes, la façon qu’il a eu de découvrir certaines oeuvres présentées lors de son festival, ses rencontres avec certains artistes, son désir de voir des catalogues en ligne de location de cinédanses de toutes sortes, etc. Le tout livré de façon bien informelle, mais sincère et sympathique.

Finalement, les artistes locaux et internationaux présents lors des projections ajoutaient à l’intérêt de l’événement et permettaient d’assouvir la curiosité des spectateurs lors de courtes périodes de questions et d’échange avec les créateurs. Notons la présence du célèbre Mike Figgis bien sûr, mais aussi celle de Guillaume Paquin, jeune réalisateur québécois de talent qui nous a livré son documentaire Aux limites de la scène, et ce dimanche la présence de la très élégante Josephine Ann Endicott, danseuse et proche collaboratrice de Pina Bausch.

Côté coup de coeur, la séance #5 de 21 h 00 du vendredi fut un succès du début à la fin et nous a laissé l’oeil palpitant.

On est d’abord catapulté dans un univers à la fois trash et soyeux avec le délicieux travail du réalisateur Martin Kers et de la chorégraphe Erik-Jan Maalderink avec For Tracey. Frais et ébouriffant, ce court-métrage fais sourire et grincer des dents, froncer des sourcils et entrouvrir la bouche de stupéfaction. On est tout de suite happé par le côté singulier d’une histoire fragmentée et inquiétante, au sein de laquelle évoluent des personnages aux costumes douteux qui entrent tour à tour dans d’intenses monologues à eux-mêmes, à la caméra ou à un autre personnage, alors que déferlent de leurs corps des excès de violence ou d’abandon dans une étrange danse, artefact d’une psychose commune. Filmé dans un décor de sous-sol, d’appartement encombré, de coin de divan jauni ou de cuisine défraîchie, le tout pourrait être franchement décevant pour un oeil avide d’esthétisme. On rectifie vite ce jugement car sur ce décor miteux se penche une direction photo à couper le souffle qui donne au film son côté incongru; liché et impeccable, au travers du trash, de la saleté, du désinvolte et des cris de violence grotesques. Un heureux mélange de théâtre physique, de performance et de mouvement, à faire déclencher un petit rire nerveux en vous, le tout souligné d’une touche visuelle superbe. Le film s’est d’ailleurs valu le Prix du Camera Rework au Cinedans Amsterdam 2011. Un belle découverte.

Le charmant petit film Slow Dance de Joe Cobden emboîte le pas au délice du premier, simple et concis. On n’en dit pas plus et on vous propose de le regarder ici. Après tout, ça dure seulement 2min30:

Là-bas, le lointain, de Alan Lake

Finalement, le court-métrage du réalisateur-chorégraphe québécois Alan Lake Là-bas, le lointain nous amène dans un univers parallèle où tout est non-dits et moments suspendus, dans une longue respiration au ralenti qui dure 23 minutes. Des objets intrigants et des rencontres dont le sens nous échappe, une pesante atmosphère de doute et de mystère, appuyée par des images/mouvements au ralenti et une musique sombre, qui nous suit pas à pas comme le souffle d’un fantôme. Petit bémol: beaucoup d’éléments, de lieux, de rencontres et de personnages pour la longueur du film. On savoure les absences et les phrases gestuelles qui ne disent pas tout, mais on souhaiterait joindre les points plus facilement entre chaque épisode proposé pour se sentir concerné par l’histoire, la quête commune des protagonistes, leur quête individuelle aussi. Si la lenteur est assumée et pleinement exploitée, le rythme général du film en souffre un peu. Cela dit, l’oeuvre contient une collection de scènes épatantes et touchantes, un langage chorégraphique soigné et personnel, sous une direction artistique très réussie. On sent une synergie claire entre danse et caméra, celle-ci flottant doucement entre les corps, étirant le temps jusqu’à… là-bas, le lointain.

LÀ-BAS LE LOINTAIN, BANDE-ANNONCE ICI

Aux limites de la scène, de Guillaume Paquin

À la suite de cette succulente brochette de films, on embarque sans hésiter dans le documentaire Aux limites de la scène de Guillaume Paquin qui nous présente trois artistes de la danse montréalaise: Dave St-Pierre, Frédérick Gravel et Virginie Brunelle. Si son film est ponctué d’entrevues et si on suit en studio les trois artistes pour comprendre leur processus créatif et ce qui les motive à créer, Paquin se permet de nous offrir de jolis courts-métrages dansants à l’intérieur-même de son documentaire. Ainsi, en plus des images filmées en répétition ou des images d’archives sur le travail des chorégraphes, on a aussi droit à des oeuvres créées pour l’écran pour l’occasion, de courtes vignettes dans lesquelles on reconnaît, à plus petite échelle, la signature chorégraphique de chacun des artistes présentés. Le regard de Paquin est dynamique et concret, à l’image des créateurs qu’il nous présente. Son film est aussi articulé et sérieux, sans qu’on s’y prenne la tête: on y reçoit des idées, des images, des moments forts et des hésitations, le tout dans un rythme naturel qui semble s’agencer aux histoires qu’il nous livre. Une vision et une réalisation généreuses: belle façon de faire découvrir la danse contemporaine au grand public.

AUX LIMITES DE LA SCÈNE, BANDE-ANNONCE ICI

Les déceptions…

Si THE CO(te)LETTE FILM de Mike Figgis n’a pas rencontré les attentes d’un point de vue de maillage artistique entre danse et cinéma (lire la critique parue sur CinéTFO), la réponse montréalaise en général semble avoir été positive et on est heureux d’avoir découvert l’audace de la chorégraphe Ann Van den Broek.

Autre déception: l’achalandage lors des projections se chiffrait à un nombre de personne dérisoire si l’on considère la capacité du Cinéma Impérial. Cette dure réalité peut à elle seule mettre en péril les plus beaux projets. On se demande ici si l’annonce tardive d’un festival de cette envergure n’aurait pas nuit à la propagation de sa programmation. De nombreux artistes et cinéphiles me confient n’avoir entendu parler du festival que quelques jours avant son commencement, incapables de se libérer pour les projections qui les intéressaient… Reste à voir, dans le futur, si une initiative mieux planifiée pourra rassembler les adeptes de la danse, du cinéma et aussi le public en général autour de ces oeuvres magnifiques, présentées ce weekend pour une poignée de personnes seulement.

Détails techniques: les formats de projection furent malheureusement parfois mal ajustés, présentant une image trop grande pour l’écran (par exemple lors du documentaire sur Jerome Robbins, dans lequel les sous-titres débordaient du cadre lisible pour le spectateur). Un détail, certes, mais un qui agace l’oeil pendant toute une projection!

Pour le reste, on espère vivement que Sylvain Bleau réitèrera son festival l’an prochain, même si ce dernier dit ne pas vouloir organiser une festival « à date fixe » à tout prix. Avec la création en vidéo-danse qui explose depuis un certain temps au Québec, il était temps de structurer le milieu et de lui offrir une visibilité digne de ce nom, ce que Cinédanse a fait de son mieux. Maintenant, c’est de récurrence et de continuité dont la discipline a de besoin afin de se développer davantage et de permettre aux artistes comme au public de mieux comprendre et apprécier cet art hybride.

Bleau a certainement plus d’un tour dans son sac et son enthousiasme incontestable pour la danse risque de frapper encore! À l’heure des bilans, un fait reste: REGARDS HYBRIDES a déjà hâte à la prochaine mouture de Cinédanse!

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3 réflexions sur “Bilan Cinédanse 2012: bons coups et déceptions

  1. Dena Davida dit :

    Merci pour ce compte-rendu si complet, parce ce que je n’étais pas capable d’y assister…et je vous dit pourquoi! Bien sûr il était annoncé tardivement, mais aussi il y avait un très mauvais emplacement dans le calendrier. Deux autres festivals et trois autre lancements de saison de danse par d’autres diffuseurs à fait en sorte qu’on était déjà epuissé! Peut-être essayer un autre moment pendant l’automne?

  2. Priscilla Guy dit :

    Merci à toi Dena, de ton commentaire. Transmets-le à Sylvain directement peut-être, il est le maître d’oeuvre de cette belle initiative! Moi je ne fais qu’observer, articuler et rapporter les composantes du festival d’un point de vue journalistique, artistique et critique, mais je pense que les commentaires de tous peuvent améliorer la formule pour qu’on en profite davantage l’an prochain, le cas échéant… À bientôt, Priscilla

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