CINÉDANSE Bouge d’ici 2013 | Créateurs émergents

Sous la directio373107_519689008064319_1021281178_nn artistique de Amy Blackmore, jeune chorégraphe diplômée de l’Université Concordia, le Festival Bouge d’ici en est à sa 4e édition montréalaise. Né d’un désir d’offrir la parole (et la scène!) aux finissants des programmes de danse et aux artistes du mouvement en début de carrière, ce festival se veut également un espace de rencontres intergénérationnelles, d’opportunités d’apprentissage et de découverte de talents insoupçonnés.

À travers cette initiative en développement, c’était hier la soirée Cinédanse du festival, dédiée aux oeuvres chorégraphiques pour l’écran. Mise sur pied l’année dernière pour bonifier la programmation de l’événement, cette soirée avait alors donné du fil à retordre aux organisateurs puisque trop peu de films leurs avait été soumis. Cette année, le jury de Bouge d’ici s’est retrouvé devant un heureux dilemme étant donné la quantité et la qualité des oeuvres soumises pour l’édition 2013, nous confient les organisateurs. Composé de trois acolytes qui collaborent à l’orchestration du festival de différentes façons soit Holly Greco, Paul Aflalo et Amy Blackmore, le jury nous a invités à découvrir 8 créations dans la minuscule salle de projection du Théâtre Mainline, pleine à craquer. C’est donc dans une ambiance festive et une agréable frénésie que les quelques 40 spectateurs, serrés les uns contre les autres, ont apprécié les courts-métrages de la programmation. – Voir la page Facebook de Cinédanse Bouge d’ici

Somme toute, une sélection riche parce que variée et audacieuse. Une proposition formelle et très réussie intitulée Analepses, adaptation d’une oeuvre scénique pour l’écran de la chorégraphe-réalisatrice Chloé Bourdages-Roy co-réalisée avec Francis Binet, rappelle les mouvements répétitifs et aliénés des interprètes de Anne Teresa de Keershmaeker dans plusieurs de ses films (notamment Rosas Danst Rosas), à travers une présence féminine puissante. Quoique trop courte pour qu’on s’imprègne réellement des tensions finement orchestrées entre les plans qui jouent du présent au passé et d’un corps à l’autre avec succès, la pièce dénote d’une belle fluidité entre sonorités, rythmes physiques et images symboliques, le tout soutenu par un montage efficace. Cette oeuvre initiée dans le cadre d’un travail universitaire promet de belles suites pour la chorégraphe et son équipe.

Drawing Blank
Drawing Blank

Aux antipodes de cette étude chorégraphique, on est catapultés dans l’épisode cartoonesque interprété par Emily Honegger Drawing Blank, un film ingénieux de Stefan Verna combinant théâtralité, danse et animation. Malgré une surenchère narrative qui souligne inutilement les moments-clés de l’histoire (le mouvement avait déjà bellement introduit la trame narrative), on est séduit par les trouvailles techniques, l’agilité physique de l’interprète et la façon efficace avec laquelle l’ensemble nous est livré. La danse y trouve une place tout indiquée, les illusions fonctionnent et la direction photo est superbe.

Entre ces deux oeuvres fortes qui introduisent et clôturent respectivement la projection, on fait de belles découvertes. Plutôt de l’ordre de l’exploration vidéo, la proposition intitulée Concrete a le mérite d’être sobre et patiente, jouant d’un environnement accidenté qui offre de belles pistes quant au rapport du corps humain, fragile, avec un espace en chantier. Au service de la musique, définitivement créée sur mesure pour une chanson, l’oeuvre vidéo-clip/vidéo-danse Bug du chanteur Charlie Twitch chorégraphiée par Claudia Chan Tak nous fait questionner la mince ligne entre les genres et cadres de création pour la danse à l’écran. L’interdisciplinarité est par ailleurs à l’honneur dans une approche collaborative entre poésie, mouvement, vidéo, création de costume et musique pour Disappear, une pièce qui offre un matériel visuel des plus fascinants mais dont le développement (narratif, rythmique, poétique… ) est trop peu exploité. Parmi cette collection de films, on retrouve également le court-métrage Errances de Ky Vy  Le Duc et Audrey Bergeron dont nous avons parlé il y a quelques mois sur Regards Hybrides, ainsi que Patsy, une adaptation pour l’écran de la cinéaste Izabel Barsive, artiste d’expérience qui s’est retrouvée dans cette programmation émergente un peu par hasard!

Côté technologie, image et montage, on termine ce tour d’horizon avec I-II-I de la réalisatrice Andréane Beaucage, étudiante en Production Cinématographique à l’Université Concordia. La pièce offre des prises de vue qui interpellent, un point d’entrée sur le corps des danseurs très intéressant à travers un effet de fish eye qui stylise la chorégraphie dès le départ. Dimensions, gravité et perspectives sont d’emblée altérées et donnent à la proposition une note rafraîchissante. La chorégraphie y est un peu laissée au hasard, travaillée principalement par l’improvisation ce qui, dans le cas présent, contribue à créer une distance entre les deux formes d’art, au lieu de les amalgamer organiquement. Le rendu de l’image nous rappelle l’esthétique graphique/publicitaire qui nous bombarde au quotidien (à l’image filmée sont superposées de très dynamiques dessins graphiques, effets stroboscopiques et formes géométriques), on se sent chez soi avec ce langage familier, à la fois artistique et commercial, organique et machinal qui vient se poser entre nous et la danse. Un potentiel visuel et pictural fort prometteur, qui cherche encore sa voie pour intégrer le mouvement en son sein. En effet, les interprètes perdent vite de leur charisme, tout comme leur danse, filtrée par cette impressionnante recette cinématographique et visuelle. Une démarche à suivre…!

Bref, une mouture pleine de potentiel pour le Cinédanse de Bouge d’ici! Un point à améliorer pour le futur: clarifier dans l’inscription des artistes les crédits des films présentés. Comme c’est souvent le cas lors de projections orchestrées par le milieu de la danse, les films ont tendance à être attribués aux chorégraphes plutôt qu’aux réalisateurs. Bien que ce choix de « qui a fait quoi » dans le crédit d’une oeuvre relève du cas par cas et constitue un débat actuel dans le milieu, il est avisé d’inscrire les crédits de tous et toutes afin d’éviter les malentendus et de permettre de retracer les réalisateurs des films présentés!

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