Vidéo-danse québécoise: sélection Regards Hybrides 2013

À l’aube de son premier anniversaire d’existence, REGARDS HYBRIDES dévoile une sélection de vidéo-danses issue d’un partenariat avec le Complexe Le Cercle de Québec. Ayant choisit de synchroniser le dévoilement de cette collection cinématographique avec la Journée internationale de la danse du 29 avril prochain, c’est autour de créations québécoises que notre programme s’est orchestré, afin de mettre en lumière les talents d’ici.

Ratissant large tant dans les esthétiques que dans les époques de production des oeuvres, REGARDS HYBRIDES a composé sa brochette en espérant vous faire (re)découvrir certains classiques québécois, apprécier l’audace des créateurs émergents et la finesse d’artistes chevronnés reconnus internationalement. Il nous fait grand plaisir de vous présenter un long-métrage en plat principal, avec un accompagnement de courts-métrages d’ici,  en une sélection de six oeuvres qui composent cette sélection REGARDS HYBRIDES!

DATES ET LIEU DE PROJECTION

Complexe Le Cercle, 228 St-Joseph, Québec

29 avril | 17h00 à 18h30 | Entrée libre

28 mai et 18 juin | 18h à 20h | Entrée libre

LES OEUVRES

LE DORTOIR (1991), 53 minutes | Réalisation de François Girard, adaptation de l’oeuvre scénique de Gilles Maheu/Carbone 14 (1988)

L’adaptation de cette pièce chorégraphique pour la scène acclamée tant en Amérique qu’en Europe a également reçu de nombreux prix internationaux.  Alliant la fougue de la chorégraphie de Gilles Maheu à l’oeil encore jeune, mais audacieux, du réalisateur François Girard, Le Dortoir n’est ni plus ni moins qu’une pièce d’anthologie de la danse québécoise à l’écran. Contrairement à certaines captations d’archive d’oeuvres de cette trempe, la (re)création de la pièce effectuée à travers ce film lui confère une puissance remarquable. Les prises de vues finement orchestrées, le décor étudié et le rythme de la dramaturgie parviennent à révéler la chorégraphie de Maheu dans un langage franc et assumé, à la hauteur de sa réputation. Les nombreux interprètes, d’une agilité et d’une justesse d’interprétation étonnante, propulsent l’efficacité de l’ensemble, éveillant en nous cette fibre kinesthésique toujours prête à palpiter.

index
Le Dortoir, Gilles Maheu et François Girard

La technique y est virtuose et tout est réglé au quart de tour; pourtant, on embarque sans hésiter dans le récit touchant, galvanisant, inquiétant, et même drôle du film, happés par le côté sensible de l’oeuvre. Un sentiment « satisfaction » nous traverse à la rencontre de cette oeuvre. Notre oeil s’y pose et suit le cours de l’histoire, jonglant aisément avec les transitions et les langages, images en mouvement et mises en situation. Rares sont les artistes de la danse qui peuvent se targuer d’avoir collaboré à créer des films qui vieillissent aussi bien. C’est certainement la grande sobriété esthétique de Maheu et de Girard, doublée d’une bonne dose de mouvement et d’audace qui décoiffe qui contribuent à la qualité de l’oeuvre et à sa valeur grandissante à travers le temps. C’est un réel honneur pour REGARDS HYBRIDES de présenter ce film en tête d’affiche de sa sélection 2013 et, espérons-le, de le faire découvrir à une nouvelle génération d’artistes.

PRESQUE (2012), 7 minutes | Réalisation et chorégraphie originale de Priscilla Guy

Présenté à la Place des Arts dans le cadre de Parcours Danse 2012, ainsi qu’à La Bourse RIDEAU 2013, au Festival International Agite Y Sirva et au Artsping Theatre en Colonbie-Britannique, Presque est une vidéo-danse à saveur picturale.

Presque_3314
Presque | ©Priscilla Guy

Un film sur les actes manqués et les absences qui prennent toute la place. Un film sur les chutes inopinées, les sous-textes qui font glisser, les occasions qui filent entre les doigts. L’image y est fragmentée, répétée, superposée à elle-même, interrompue ou suspendue. La proposition se trouve à la frontière des arts visuels, du film et de la danse. La kinesthésie y prend une forme singulière : un langage poétique qui redéfinit la notion de « chorégraphie » à l’écran dans un rapport étroit avec le montage. L’œuvre s’expose par fragment, dans une montée dramatique pourtant continue et fluide.

Moins narrative que la tendance actuelle chez les créateurs émergents, cette oeuvre ouvre sur des avenues esthétiques et rythmiques singulières et s’inscrit dans une démarche chorégraphique ancrée dans le mouvement au sens large, celui du corps, de la caméra et du montage.

SOFTPLACETOFALL
A Soft Place to Fall, de Marlene Millar et Philipp Szporer

A SOFT PLACE TO FALL (2006), 5 minutes | Réalisation de Marlene Millar et Philipp Szporer, adaptation d’une chorégraphie de Thea Patterson

Adapté à partir d’une section de la pièce éponyme de Thea Patterson, A Soft Place to Fall est signé par le duo qu’est Mouvement Perpétuel, une compagnie de vidéo-danse et de documentaire d’art dirigée par Marlene Millar et Philip Szporer. Dans ce film d’une grande délicatesse, empreint de vulnérabilité et de tendresse, les danseurs Catherine Lipscombe et Peter Trosztmer  illustrent les relations fluctuantes au sein d’un couple.

Le résultat est une pièce aux couleurs vives et saturées où les danseurs sont filmés de près, comme incapables de se séparer l’un de l’autre et nous d’eux; où le montage s’accorde au souffle des deux protagonistes, créant cinématographiquement de fortes sensations kinesthésiques.

Lors d’une entrevue de REGARDS HYBRIDES cet hiver avec Marlene Millar, celle-ci nous racontait la réécriture de la chorégraphie de A Soft Place to Fall à l’étape du montage. La danse y a été restructurée de fond en comble, le début et la fin déplacés, racontant toujours la même histoire, mais dans un nouveau langage pour l’écran.

DRAWING BLANK (2012), 5 minutes | Réalisation de Stefan Verna, chorégraphie originale de Emily Honneger

Drawing Blank
Drawing Blank, de Stefan Verna et Emily Honneger

REGARDS HYBRIDES découvrait cet épisode cartoonesque interprété par Emily Honegger lors du Festival Bouge d’ici, en janvier dernier. Présenté au Oklahoma Dance Film Festival, aux Rendez-Vous du Cinema Quebecois 2013, à CineDans Film Festival [Amsterdam], au Festival de Videodanza Agite y Sirva, à Cinédanse de Bouge D’ici et à La Bourse Rideau 2013, ce film ingénieux de Stefan Verna combine théâtralité, danse et animation.  On est séduit par les trouvailles techniques, l’agilité physique de l’interprète et la façon efficace avec laquelle l’ensemble nous est livré. La danse y trouve une place tout indiquée, les illusions fonctionnent et la direction photo est superbe.

À l’ère de l’animation 3D et des multiples effets rendus possibles grâce à la technologie, ce court-métrage propose pour sa part une idée claire, finement ficelée et fort attachante, au-delà de son penchant technique. Ancré dans sa génération à travers son fini lustré, ses couleurs définies et son esthétique alléchante, Drawing Blank revêt également le manteau d’une oeuvre conçue sans prétention, mais avec attention. Une brise fraîche dans le paysage de la vidéo-danse québécoise.

DÉDALE (2008), 9 minutes | Réalisation de Mario Côté, chorégraphie de Françoise Sullivan (1948)

Françoise Sullivan | ©Mario Côté
Françoise Sullivan | ©Mario Côté

Signataire du Refus Global en 1948, Françoise Sullivan livre alors également un texte intitulé La danse et l’espoir avec le controversé manifeste. À peine engagée dans la vingtaine, elle s’inscrit dans l’histoire aux côtés d’artistes accomplis et marginaux (Paul-Émile Borduas, Claude Gauvreau, etc.). Artiste peintre, elle est aussi une pionnière de la danse moderne au Québec, tentant de reproduire les principes automatistes dans sa recherche du mouvement. À travers des phases créatives parfois minimalistes et plus radicales, un langage plastique et une démarche dansée, Sullivan a contribué depuis des décennies à transformer le paysage artistique québécois.

Dédale est créée au mois d’avril de la même année que le groupe d’artistes signent leur Refus Global. Laissant le mouvement trouver sa voie dans la répétition, Sullivan incarne ce solo hypnotisant qui ne laisse personne indifférent à l’époque de sa création. Remontée avec l’interprète Ginette Boutin et adaptée pour l’écran par Mario Côté en 2008, soit 60 ans après sa création, l’oeuvre est transposée dans un décor poussiéreux et urbain, le « célèbre » échangeur Turcot! La gestuelle simple et insistante s’imprègne de l’environnement qui l’entoure, le corps se fond à ce paysage en même temps qu’il semble y lutter. Le souffle, le rythme, le poids de la gravité et la vulnérabilité humaine portent l’oeuvre et nous transportent avec elle.

Tournage de Dédale avec l’interprète Ginette Boutin | ©Mario Côté

La reprise de cette oeuvre, l’une des premières et des plus avant-gardistes du milieu de la danse québécoise, est sans contredit une autre pièce d’anthologie à préserver dans notre répertoire de danse à l’écran!

GRAVITY OF CENTER (2011), 14 minutes | Réalisation de Thibaut Duverneix et Victor Quijada, chorégraphie du Groupe RUBBERBANDance

Sur REGARDS HYBRIDES, nous avons parlé déjà à quelques reprises de RUBBERBANDance et de leurs créations pour l’écran. Secret Service a fait l’objet d’un court article en 2012, tandis que les nombreux prix et projections de Gravity of Center à l’international ont aussi attiré notre attention et fait aller notre plume dans les derniers mois. C’est donc avec grand plaisir que nous présentons cette vidéo-danse dans notre sélection 2013, exemple incontestable du savoir faire artistique québécois qui s’exporte à l’étranger, tant sur les planches qu’à l’écran. En effet, le film a été présenté au International Screendance Festival, au Dance on Camera Festival, au Miami Short Film Festival, au Interdependence Day Festival, au FIFA, au Festival Regard sur le Saguenay et aux Rendez-vous du cinéma québécois, parmi de nombreux autres événements!

L’adaptation de la pièce repose en grande partie sur les lieux évocateurs et les paysages époustouflants qui accueillent les danseurs et danseuses. C’est à travers leur interprétation sensible (lire l’article de EmilieMorin sur l’interprétation de Emmanuelle Lê Phan sur REGARDS HYBRIDES), leurs visages d’une étonnante émotion, leurs états de corps palpables et généreux, que le film se construit. Si le succès d u Groupe RUBBERBANDance s’appuie généralement beaucoup sur la virtuosité technique d’une chorégraphie empruntée à différents styles de danse, la force indéniable de la version cinématographique de Gravity of Center est davantage ancrée dans une tension narrative et sensible qui dépasse, voire même absorbe les prouesses techniques. On s’y retrouve cloué sur notre siège devant une composition tout en retenue, la présence des interprètes, le travail de direction photo à couper le souffle et la direction artistique nette et solide.

Une belle façon de clore notre collection d’oeuvres dansées pour l’écran!

Priscilla Guy & Claudia Hébert, co-fondatrices | REGARDS HYBRIDES

Gravity of Center de Thibaut Duverneix et Victor Quijada
Gravity of Center de Thibaut Duverneix et Victor Quijada
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s